Chapitre 2 sur 8

La dimension humaine, la question qu'on n'ose pas se poser

Une cession n'est pas qu'une opération financière. C'est un changement d'identité pour le dirigeant. Anticiper cette dimension humaine est aussi important qu'anticiper les aspects juridiques ou fiscaux.

Vendre, c'est renoncer à un rôle

Pour beaucoup de dirigeants fondateurs, l'entreprise n'est pas seulement une source de revenus ou un patrimoine à valoriser. C'est un rôle social, une identité, un cadre de vie. « Le patron de », « le fondateur de », « le dirigeant de » sont des phrases qui structurent la manière dont on se présente et dont on se perçoit.

Vendre, c'est renoncer à ce rôle. Le jour du closing, vous n'êtes plus le patron de rien. La question n'est pas anecdotique et elle explique pourquoi tant de cessions échouent au dernier moment : le dirigeant, arrivé au bord de la signature, réalise qu'il n'a pas préparé le vide qui suit.

Les trois vides à anticiper

Le vide de rôle. Que ferez-vous de vos journées après ? La question paraît triviale mais elle ne l'est pas. Un dirigeant qui a travaillé 60 heures par semaine pendant 20 ans ne remplit pas facilement 60 heures libres avec du golf et des voyages.

Le vide de reconnaissance. Vos clients, vos fournisseurs, vos collaborateurs vous appellent tous les jours pour des décisions, des conseils, des arbitrages. Ce flux quotidien disparaît d'un coup. La reconnaissance sociale qui l'accompagnait aussi.

Le vide de projet. Diriger une entreprise, c'est porter un projet collectif inscrit dans le temps long. Après la cession, quel est votre nouveau projet ? Nouveau chapitre entrepreneurial, engagement associatif, transmission de savoir, temps familial : chacune de ces réponses est légitime, à condition d'y avoir réfléchi.

La question du conjoint

Beaucoup de cessions se décident à deux, même quand un seul des deux dirige. Le conjoint est souvent le premier confident du projet, et il vivra le changement de vie aussi intensément que vous. Ses attentes, ses craintes et son propre calendrier de vie sont des paramètres essentiels de votre projet.

Prendre le temps d'une vraie conversation avec votre conjoint sur l'après-cession, très en amont, évite les décisions asymétriques dont personne ne veut porter la responsabilité au moment de signer.

Le test de la journée type

Un exercice utile, à faire à froid : décrivez précisément à quoi ressemblera une journée type six mois après la cession. Levée, matinée, déjeuner, après-midi, soirée. Sans triche, sans réponse convenue.

Si l'exercice vous met mal à l'aise, si les blancs sont nombreux, si vous vous surprenez à décrire des activités qui ne vous ressemblent pas, c'est un signal. Vous n'êtes pas prêt intérieurement, quel que soit le prix qu'on vous propose.

Actions concrètes à mener dès maintenant

  • Faites l'exercice de la journée type, seul, par écrit. Relisez-vous le lendemain à froid.
  • Ayez une conversation dédiée avec votre conjoint sur l'après-cession, en dehors du bureau et sans écran.
  • Identifiez une ou deux personnes qui ont vendu leur entreprise il y a 2 à 5 ans, et invitez-les à déjeuner pour comprendre comment elles ont vécu la transition.
  • Faites notre test « Êtes-vous prêt à vendre votre boîte ? » pour vous poser structurellement les bonnes questions.

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